5.1.1 Stratégie de récupération
La stratégie de récupération peut être mise en œuvre en trois étapes différentes 1.
Étape 1 : Faire une évaluation
Les besoins urgents dans les zones sinistrées sont la nourriture, l'assainissement, les abris et les médicaments. Cependant, il est impératif de s'attaquer au processus de relèvement le plus tôt possible afin de réduire les impacts directs et indirects des catastrophes sur les moyens de subsistance des populations rurales et les économies locales. Pour planifier le processus de relèvement, il faut disposer de données de base sur l'ampleur et l'impact d'une catastrophe. La première étape consiste à générer ces informations afin de planifier une réhabilitation et/ou une reconstruction efficace de la zone touchée. Pendant la phase d'évaluation, il est nécessaire, dès que possible, de :
- Évaluer les dommages causés au réseau routier
- Enquêter et compter les emplois
- Estimer le potentiel de création d'emplois
- Préparer la documentation des travaux mentionnés ci-dessus, qui servira de base pour (i) les listes de quantités, (ii) les estimations des besoins en outils et en équipement, (iii) les apports en main-d'œuvre et (iv) les estimations de coûts pour l'ensemble des travaux.
- Faire des recommandations sur la manière de recruter de la main-d'œuvre et de se procurer les outils et les équipements nécessaires, en mettant l'accent sur l'achat local de la plupart des biens.
- Identifier les besoins du personnel de supervision du site et faire des recommandations pour la formation initiale.
- Identification des agences gouvernementales locales qui collaboreront (voir étape 3)
- Identifier les entrepreneurs locaux pour la mise en œuvre du projet (voir étape 3)
La collecte et la compilation d'informations sur le réseau routier n'est pas toujours une tâche facile. En général, l'inventaire du réseau routier n'est pas disponible ou n'est pas mis à jour. Peu d'informations sont disponibles sur l'étendue des dégâts et leur impact sur les moyens de subsistance. Cependant, l'évaluation initiale doit produire des résultats rapides qui orienteront les interventions spécifiques du projet. L'évaluation initiale doit examiner plus en détail les tâches de réhabilitation et de reconstruction qui seront nécessaires dans les zones touchées pour rétablir le système de transport. Des cartes routières et des inventaires routiers doivent être préparés pour évaluer l'étendue du réseau routier, sa classification, les dommages causés et les besoins et priorités en matière de réhabilitation et de reconstruction. Un inventaire doit être réalisé sur la base des caractéristiques techniques des tâches de réhabilitation et de reconstruction nécessaires pour les routes et les ponts. Cet inventaire peut ensuite être utilisé pour identifier les techniques appropriées et les équipements légers complémentaires qui peuvent être nécessaires. Par exemple, alors que la plupart des expériences internationales en matière de travaux routiers à haute intensité de main-d'œuvre portent sur des surfaces en terre et en gravier, des progrès significatifs ont été réalisés récemment en matière d'asphalte plus durable. Des innovations de conception similaires peuvent être trouvées dans les ponts à faible coût, en particulier ceux qui conviennent aux structures communautaires. Des conditions routières différentes nécessitent des technologies différentes.
Le principal problème dans les zones touchées est la mobilisation du soutien local nécessaire à la reconstruction du réseau routier. Les communautés, les entrepreneurs et les gouvernements locaux ont tous perdu de la main d'œuvre qualifiée, des capitaux et des actifs pendant la catastrophe. Il est important de commencer par évaluer l'ampleur de ces pertes avant de planifier un programme visant à renforcer la capacité des gouvernements locaux, des petits entrepreneurs et des groupes communautaires à effectuer les travaux routiers nécessaires et à contribuer au processus de reconstruction.
Étape 2 : Planification et participation
La reconstruction du réseau routier doit immédiatement répondre à l'accès et aux besoins des transports publics. Il est nécessaire de mettre en place un processus de planification permettant d'identifier rapidement ces besoins. Ce processus couvre les besoins généraux de la communauté et, surtout, reflète les besoins des membres les plus pauvres et les plus touchés. L'accès aux services sociaux et économiques essentiels généralement affectés par les catastrophes et l'amélioration de l'accès aux services de santé, à l'éducation, à l'information, aux marchés, à l'eau, à l'emploi et aux opportunités de génération de revenus sont des facteurs clés pour atténuer l'impact de la crise.
La planification intégrée de l'accessibilité en milieu rural (IRAP) est un outil qui permet d'élaborer un plan global visant à améliorer les situations d'accès pour les communautés, les régions et/ou les zones. Le processus de planification aboutit à la création d'un plan d'action pour l'accessibilité (PAA) pour un niveau administratif spécifique. Le PAA est basé sur un processus de consultation systématique avec les informateurs de la communauté, notamment les dirigeants, les groupes vulnérables, les autorités gouvernementales responsables et d'autres parties prenantes telles que les ONG. Il fait le point sur les actifs existants afin que la réparation et l'entretien de ces actifs soient la première priorité d'investissement. C'est de loin le meilleur investissement, surtout lorsque les ressources sont limitées. Cela évite également de créer des listes de souhaits pour de nouveaux actifs alors que la réparation et l'entretien des actifs existants sont ignorés. Il estime le temps de déplacement, la fréquence des déplacements et les coûts de déplacement pour les activités sociales et économiques. Le PAA hiérarchise ensuite les besoins dans divers secteurs, tels que les routes, l'eau potable, la santé, l'éducation et les marchés. Un programme d'investissement détaillé est établi.
L'expérience montre que le PAA est un outil utile pour guider les investissements qui amélioreront l'accessibilité, ce qui aura à son tour un effet bénéfique sur le potentiel des personnes à sortir de la pauvreté. En général, les parties prenantes et les investisseurs y adhèrent largement. Il est essentiel que le PAI soit un outil permettant de relier les programmes de développement du gouvernement aux programmes en cours provenant d'autres sources et d'autres acteurs. Le PARI est généralement utilisé dans un contexte de développement "normal". Une version réduite du processus peut être utilisée dans des situations de crise pour identifier rapidement les priorités de manière participative. Cette stratégie adopte cette version " nettoyée " du processus IRAP pour développer des PAA pour les communautés affectées par les catastrophes. Ce PAA sera un outil clé pour guider les investissements immédiats dans les infrastructures et sera également utile pour les programmes de reconstruction à long terme. Cependant, les routes ne seront pas planifiées séparément des autres infrastructures nécessaires. Le résultat de la planification est une liste de priorités routières.
Étape 3 : Mise en œuvre
La mise en œuvre de la stratégie commence par la réhabilitation et la reconstruction du réseau routier. Une attention particulière sera accordée à la technologie et à la participation des petits entrepreneurs et des gouvernements locaux.
Technologie basée sur le travail
Étant donné que de nombreuses communautés ont perdu leurs moyens de subsistance à la suite de la catastrophe, il est possible d'utiliser des investissements à forte intensité de main-d'œuvre ou une "approche HIMO" pour la réhabilitation et la reconstruction des infrastructures physiques (lorsque cela est économiquement et techniquement possible). La mise en œuvre des travaux physiques à haute intensité de main-d'œuvre peut être effectuée par de petits entrepreneurs locaux supervisés par les unités gouvernementales locales. Les travaux routiers doivent être basés sur les spécifications et normes existantes des ministères et autorités gouvernementales concernés. Si les spécifications et les normes existantes ne permettent pas le travail à haute intensité de main-d'œuvre, il faut alors demander l'approbation du gouvernement pour l'utilisation de conceptions et de normes plus appropriées qui soutiennent l'utilisation de technologies à haute intensité de main-d'œuvre. Il peut s'agir d'enlever les débris qui bloquent les routes et, dans la mesure du possible, d'améliorer les systèmes de transport pour distribuer l'aide et relancer les économies locales.
Les travaux communautaires sont des travaux qui créent des actifs ou reconstruisent des actifs qui servent une communauté particulière et répondent exclusivement à ses priorités. Les travaux communautaires peuvent inclure des activités telles que l'amélioration de l'environnement local par la plantation d'arbres et des mesures de conservation des sols. La propriété des résultats est détenue par la communauté plutôt que par un ministère ou une autre organisation gouvernementale.
Les travaux publics sont réalisés sur les infrastructures du district et bénéficient souvent à plus d'une communauté. Un exemple courant de travaux publics est un projet d'amélioration des routes. L'actif appartient au gouvernement et donc au public, et non au village ou à la communauté. Les technologies à forte intensité de main-d'œuvre reposent principalement sur la main-d'œuvre et les outils manuels uniquement. Dans ce contexte, leur utilisation répond à des besoins immédiats de protection sociale par le biais d'emplois à court terme qui permettent de réaliser des travaux d'infrastructure essentiels, bien que limités à une gamme étroite de travaux. L'objectif principal est de créer des emplois, la construction d'infrastructures étant souvent secondaire.
La technologie basée sur la main d'œuvre offre une utilisation optimale de la main d'œuvre accompagnée d'équipements de manière rentable, et à la qualité requise, créant ainsi un changement d'équilibre entre la main d'œuvre et les équipements dans la manière dont le travail est spécifié et exécuté. L'utilisation de méthodes basées sur la main-d'œuvre permettra de répondre aux besoins immédiats de création d'emplois, mais aussi, à plus long terme, de réaliser des travaux récurrents dans le cadre des budgets ordinaires des ministères chargés des infrastructures. En passant judicieusement et prudemment des méthodes de travail conventionnelles actuelles basées sur l'équipement à des approches plus axées sur la main-d'œuvre pour certains éléments des travaux, il sera possible de créer un nombre important d'emplois et de réduire la pauvreté de manière durable sans compromettre la qualité des travaux et sans affecter la rapidité et le coût des travaux. Cette stratégie recommande l'utilisation de la technologie HIMO pour les travaux publics (routes rurales).
Petits entrepreneurs
Les travaux sur les routes et les structures associées (ponts, ponceaux, canaux de drainage) peuvent être réalisés par de petits entrepreneurs. Le recours au secteur privé pour réaliser ces travaux stimulera le renforcement et l'expansion de l'industrie locale des petits entrepreneurs. Les petits entrepreneurs peuvent également contribuer à garantir les gains d'emploi à court et à long terme des travaux routiers ruraux à forte intensité de main-d'œuvre. La stratégie suggère de travailler avec et par le biais de petits entrepreneurs et de développer leurs compétences pour administrer et mettre en œuvre des travaux HIMO. Cela contribuera au renforcement de l'industrie locale de la construction. Les petits entrepreneurs constituent un mécanisme efficace pour la mise en œuvre des travaux et feront l'objet d'activités de formation visant à élever leur niveau de compétences et à améliorer les conditions de travail de la main-d'œuvre.
La capacité du secteur privé sera insuffisante pour mettre en œuvre les travaux de réhabilitation et de reconstruction. Il est nécessaire d'envisager des mesures pour renforcer la capacité du secteur privé. Il est important d'identifier les besoins immédiats en formation des petits entrepreneurs afin de les impliquer le plus tôt possible.
Gouvernement local
Les gouvernements locaux dans les zones touchées par les catastrophes sont sévèrement affectés et doivent être renforcés. Le soutien aux gouvernements locaux pour gérer la réponse aux catastrophes est l'une des priorités qui doit être abordée. Ce soutien aura deux dimensions en termes d'amélioration du réseau routier rural. L'une d'elles consiste à renforcer la planification régionale et la capacité de coordination des gouvernements locaux. Deuxièmement, le renforcement de la capacité technique du personnel des gouvernements locaux concernés afin de garantir une mise en œuvre conforme aux normes.
- 1 Organisation internationale du travail.